Je n’ai pas mon permis. Et ce même malgré les nombreuses menaces de ma mère.
Je n’ai même plus envie d'essayer de le passer. Oui parce que j'ai déjà essayé hein : une dizaine de leçons de conduite, quelques heures de code (et ça mes fesses s'en souviennent...). La conclusion est sans appel :
JE NE PASSERAI PAS MON PERMIS DE CONDUIRE.
Et pour quelle raison, me demanderas-tu. Le permis, c’est pratique pour conduire une voiture. Le truc de dingue, c’est que c’est même fait pour ça ! Comment dévaler les routes, les cheveux au vent, au volant de ma Cadillac rose décapotable sans ça ? Comment me la jouer femme rebelle et indépendante si je reste coincée à l'arrêt de bus à attendre un bus qui n’a qu’une demie-heure de retard ?
JE NE PASSERAI PAS MON PERMIS DE CONDUIRE (je sais je radote).
Pourtant, tout ceux qui ont l’honneur de faire partie de mon entourage ne manquent pas d’arguments pour me convaincre. Comment tu feras quand tu auras des enfants ? Sachant que je ne suis pas encore capable de faire tourner une machine sans relire le mode d'emploi et que je ne sais pas faire sauter les crêpes, c’est pas demain la veille que j’aurai des marmots. Et pour trouver du travail ? C’est indispensable maintenant d’avoir le permis pour trouver du travail ! Ça c'est l’argument favori de maman jusqu’à ce que je trouve du boulot. Les doigts dans le nez et sans papier rose.
DONC, JE NE PASSERAI PAS MON PERMIS DE CONDUIRE.
D’abord pour des raisons pratiques :
Passer son permis, ça coûte cher. Et avoir son permis sans voiture, c’est un peu comme passer des heures à cuisiner un énorme fondant au chocolat et ne pas pouvoir le manger à la fin. C'est frustrant. Et mettons que je gagne à l’euromillions : je me paye une Prius et un chauffeur-sosie-de-Joaquin-Phoenix (avant qu’il se mette au hip-hop évidemment). Et si je gagne juste au morpion, ça me ferait quand même mal aux fesses de claquer mon gain dans un papier rose (que je perdrai de toute manière au bout de 4 jours) et dans une vieille voiture d'occasion, alors que je pourrais m’offrir mon poids en chocolat.
Et ma super voiture d'occasion, je la gare où ? Parce que garer sa voiture en ville aujourd’hui, c’est un peu l’épreuve d’immunité de Koh-Lanta : psychologiquement épuisant, et au final, ça change rien à ton quotidien, parce que tu dois prendre le bus pour rentrer chez toi. Et puis je suis tout à fait capable de ne plus me rappeler où j'ai garé mon tas de ferraille. D’autant plus que je ne m’en servirai probablement que pour aller chez Ikéa, pendant les soldes. Donc pas souvent. Et pour le reste de mes voyages, je dégaine ma carte 12-25. Et pendant ce temps là, la pauvre petite voiture, seule et abandonnée de tous, se fera enlever pas la fourrière (parce que je l’aurai évidemment mise sur un stationnement interdit), et je ne m’en rendrai compte qu’au moment des soldes d’été.
Ensuite, les raisons éthiques :
J’ai le bilan carbone d’un nouveau né. Avoir une voiture, qui aura donc probablement mon âge et qui consommera l’équivalent du PIB du Kenya en un seul plein, ça ruinerait tous mes espoirs d’aller au paradis des écolos. Et moi qui rêve de tailler une bavette avec Johnny Depp dans l’au-delà, comment serait-ce possible si je m’évertue à trimbaler mon épais nuage de CO2 partout où je vais ?
Enfin, les raisons évidentes :
Passer mon permis sous-entendrait que j’aurais une chance, même infime de l’avoir. Or, j'ai parfois du mal à piloter mes propres jambes, et même mes bras ; alors de là à ce que je sois capable de maîtriser plusieurs centaines de kilos de métaux divers capables d’aller à une vitesse folle…
Pour réussir son permis de conduire, il faut avoir assez de confiance en soi pour se dire "un jour ma fille, tu sauras conduire". Ce n’est pas mon cas. Je pense en toute sincérité que le simple fait de poser mes mains sur le volant d’une voiture, c’est signer l’arrêt de mort de tous ceux qui se trouvent entre mon point de départ et mon point d’arrivée. La preuve : les fois où j’ai tenté de conduire, j’ai failli emboutir la voiture de mon médecin, manqué de plonger dans un fossée en essayant de me rappeler où était la commande pour allumer les feux de route et j'ai même klaxonné plusieurs fois, sans faire exprès...
De surcroît, va savoir pourquoi, je suis absolument incapable de conduire et de mettre en pratique mes cours de code en même temps. Pas besoin d’avoir beaucoup d’imagination pour répertorier les conséquences dramatiques que cette légère déficience pourrait avoir : un quart d’heure de gloire morbide dans la rubrique faits divers du 13h de TF1, la folle qui a pris l’autoroute à contre sens et qui ne s’en est rendue compte qu’au bout de 200 bornes.
JE NE PASSERAI PAS MON PERMIS DE CONDUIRE. Et c’est pas la peine d’insister.


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